02/10/2017

et toujours à la Coop-Art...

A voir jusqu'au 31 octobre
A la Coop.Art, centre d'Art autodidactique 
à Servies en Val
 


 

1907, à Davejean








et 2 images d'Alain Brux :
 



12/08/2017

prolongation de l'escale à la Coop.Art



RV Singuliers


Le petit peuple (nouvelle installation) est en marche pour les RV Singuliers de St Félix

les 18, 19 et 20 août à DAVEJEAN (Hautes Corbières)




 


14/06/2017

Escale à Servies

L'infini voyage du petit peuple
fait escale à la Coop.art
centre d'art autodidactique crée par Philippe Aïni
à Servies en Val

01/06/2017

"Mots sans retour"

"Mots sans retour"

Une lecture d'Hélène Bardot

au cœur de "l'infini voyage du petit peuple"


ont été lus les textes ci-dessous et 

 
Le livret édité par un collectif d'éditeurs jeunesse,        

 "Eux, c'est nous." 

qui contient le texte inédit de Daniel Pennac : 

 L'instinct, le coeur et la raison.


Le texte d'Erri de Luca "Aller simple", ed.  Gallimard



 " Si la Terre est belle, vue de l'espace,
c'est parce qu'on n'y voit pas les cicatrices des frontières."  
Cosmonaute syrien - cité par Pierre Kohler dans son livre "La dernière mission", Calmann-Lévy, 2000, p. 129 - Mohammed Faris




"Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. .. Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes."
Eldorado de Laurent Gaudé - Laurent Gaudé




"Les hommes sont les mêmes partout : les frontières ne figurent que dans nos âmes. Mais ne dis jamais à personne que la seule vraie patrie de l'homme, c'est l'homme ! On te prendrait pour un poète. Ce qui est pire que tout. "
Réflexions sur les gens de chez nous et d'ailleurs - San Antonio



"L’exil est rond
Un cercle, un anneau :
tes pieds en font le tour,
tu traverses la terre,
et ce n’est que la terre,
le jour s’éveille
et ce n’est pas le tien,
la nuit arrive :
il manque tes étoiles,
tu te trouves des frères :
et ce n’est pas ton sang .
Tu es comme un fantôme qui rougit
de ne pas aimer plus ceux qui t’aiment si fort,
et n’est-il pas vraiment étrange que te manquent
les épines ennemies de ta patrie,
l’âpre détresse de ton peuple,
les ennuis qui t’attendent,
et qui te montreront les dents dès le seuil de la porte …
"



Pablo Neruda
Chant libre d’Amérique latine, Mémorial de l’île noire, Gallimard, Paris, 1977.
 


"Il n’est frontière qu’on n’outrepasse




Nous fréquentons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l’impossible, mais comme lieux du passage et de la transformation.



Dans la Relation, l’influence mutuelle des identités, individuelles et collectives, requiert une autonomie réelle de chacune de ces identités.

La Relation n’est pas confusion ou dilution. Je peux changer en échangeant avec l’autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer.



C’est pourquoi nous avons besoin des frontières, non plus pour nous arrêter, mais pour exercer ce libre passage du même à l’autre, pour souligner la merveille de l’ici-là.



La faculté de transformer en lieux de promesse nos lieux de souffrances ou de défaites, quand même il serait trop facile de nous substituer à ceux qui souffrirent réellement la défaite et les larmes, nous permettra de franchir la frontière d’avec les lieux où d’autres humanités souffrirent et perdurèrent, et de concevoir ces lieux dans l’éloge et les fastes. Pour ce qui est des frontières légales entre les communautés, observons combien il est agréable de les quitter sans contrainte, sans mesure, de continuer comme naturellement de l’atmosphère Maroc à l’atmosphère Algérie, et de ce vivre-France à ce vivre-Espagne, et de l’air qu’on respire en Savoie à l’air qu’on respire en Toscane (« C’est encore loin, la Toscane ? »), et des déserts bleus du Pérou aux déserts ocre du Chili, vous vous sentez léger d’une inouïe vêture, et plein d’un appétit ancien pour ce qui va survenir, la frontière est cette invitation à goûter les différences, et tout un plaisir de varier, mais revenons ensuite à tous ceux qui ne disposent pas d’un tel loisir, les immigrants interdits, et concevons le poids terrible de cet interdit.



Franchir la frontière est un privilège dont nul ne devrait être privé, sous quelque raison que ce soit. Il n’y a de frontière que pour cette plénitude enfin de l’outrepasser, et à travers elle de partager à plein souffle les différences."
Édouard Glissant



In memoriam



Son nom c’était

Mohamed Scheab



Il descendait

des émirs nomades

Il s’est suicidé

parce qu’il n’avait

plus de patrie

Aimait la France

changea de nom

Il fut Marcel

mais pas Français

Il ne savait plus vivre

sous la tente des siens

où l’on écoute

la cantilène du Coran

en buvant du café

Et ne savait

pas libérer

la chanson

de son abandon

Je l’ai suivi

avec la patronne de l’hôtel

où nous vivions

à Paris

au numéro 5 de la rue des Carmes

une ruelle en pente aux murs fanés 
Il repose

au cimetière d’lvry

un faubourg qui ressemble

éternellement

à une journée

où la foire se démonte

Et peut-être suis-je seul

à savoir encore

qu’il a vécu.



1916, Giuseppe UNGARETI, (poète italien 1888-1970).

Il porto Sepolto, in « Vie d’un homme » (Éd. de Minuit-Gallimard)



"Le premier besoin de l’homme, son premier droit, son premier devoir, c’est la liberté.

La civilisation tend invinciblement à l’unité d’idiome, à l’unité de mètre, à l’unité de monnaie, et à la fusion des nations dans l’humanité, qui est l’unité suprême. La concorde a un synonyme, simplification ; de même que la richesse et la vie ont un synonyme, circulation. La première des servitudes, c’est la frontière.
Qui dit frontière, dit ligature. Coupez la ligature, effacez la frontière, ôtez le douanier, ôtez le soldat, en d’autres termes, soyez libres ; la paix suit.
Paix désormais profonde. Paix faite une fois pour toutes. Paix inviolable. État normal du travail, de l’échange, de l’offre et de la demande, de la production et de la consommation, du vaste effort en commun, de l’attraction des industries, du va-et-vient des idées, du flux et reflux humain.
Qui a intérêt aux frontières ? Les rois. Diviser pour régner. Une frontière implique une guérite, une guérite implique un soldat. On ne passe pas, mot de tous les privilèges, de toutes les prohibitions, de toutes les censures, de toutes les tyrannies. De cette frontière, de cette guérite, de ce soldat, sort toute la calamité humaine.
Le roi, étant l’exception, a besoin, pour se défendre, du soldat, qui à son tour a besoin du meurtre pour vivre. Il faut aux rois des armées, il faut aux armées la guerre. Autrement, leur raison d’être s’évanouit. Chose étrange, l’homme consent à tuer l’homme sans savoir pourquoi. L’art des despotes, c’est de dédoubler le peuple en armée. Une moitié opprime l’autre.
Les guerres ont toutes sortes de prétextes, mais n’ont jamais qu’une cause, l’armée. Ôtez l’armée, vous ôtez la guerre. Mais comment supprimer l’armée ? Par la suppression des despotismes.
Comme tout se tient ! abolissez les parasitismes sous toutes leurs formes, listes civiles, fainéantises payées, clergés salariés, magistratures entretenues, sinécures aristocratiques, concessions gratuites des édifices publics, armées permanentes ; faites cette rature, et vous dotez l’Europe de dix milliards par an. Voilà d’un trait de plume le problème de la misère simplifié."
Actes et paroles - Victor Hugo

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Frères Migrants
DÉCLARATION DES POÈTES

Patrick Chamoiseau


1 - Les poètes déclarent : Ni orpheline, ni sans effets, aucune douleur n’a de frontières !



2 - Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé de l’autre !



3 - Les poètes déclarent que l’accomplissement mutuel de l’univers, de la planète, du vivant et des hommes ne peut s’envisager que dans une horizontale plénitude du vivant — cette manière d’être au monde par laquelle l’humanité cesse d’être une menace pour elle-même. Et pour ce qui existe…



4 - Les poètes déclarent que par le règne de la puissance actuelle, sous le fer de cette gloire, ont surgi les défis qui menacent notre existence sur cette planète ; que, dès lors, tout ce qu’il existe de sensible de vivant ou d’humain en dessous de notre ciel a le droit, le devoir, de s’en écarter et de concourir d’une manière très humaine, ou d’une autre encore bien plus humaine, à sa disparition.



5 - Les poètes déclarent qu’aller-venir et dévirer de par les rives du monde sont un Droit poétique, c’est-à-dire : une décence qui s’élève de tous les Droits connus visant à protéger le plus précieux de nos humanités ; qu’aller-venir et dévirer sont un hommage offert à ceux vers qui l’on va, à ceux chez qui l’on passe, et que c’est une célébration de l’histoire humaine que d’honorer la terre entière de ses élans et de ses rêves. Chacun peut décider de vivre cette célébration. Chacun peut se voir un jour acculé à la vivre ou bien à la revivre. Et chacun, dans sa force d’agir, sa puissance d’exister, se doit d’en prendre le plus grand soin.



6 - Les poètes déclarent qu’en la matière des migrations individuelles ou collectives, trans-pays, trans-nations et trans-monde, aucune pénalisation ne saurait être infligée à quiconque, et pour quoi que ce soit, et qu’aucun délit de solidarité ne saurait décemment exister.



7 - Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel.



8 - Les poètes déclarent qu’une politique de sécurité qui laisse mourir et qui suspend des libertés individuelles au nom de l’Ordre public contrevient au principe de Sûreté que seul peut garantir l’exercice inaliénable indivisible des Droits fondamentaux.



9 - Les poètes déclarent qu’une Constitution nationale ou supranationale qui n’anticiperait pas les procédures d’accueil de ceux qui passent qui viennent et qui appellent, contreviendrait de même manière à la Sûreté de tous.



10 - Les poètes déclarent qu’aucun réfugié, chercheur d’asile, migrant sous une nécessité, éjecté volontaire, aucun déplacé poétique, ne saurait apparaître dans un lieu de ce monde sans qu’il n’ait — non pas un visage mais tous les visages, non pas un cœur tous les cœurs, non pas une âme toutes les âmes. Qu’il incarne dès lors l’Histoire de toutes nos histoires et devient par ce fait même un symbole absolu de l’humaine dignité.





11 - Les poètes déclarent que jamais plus un homme sur cette planète n’aura à fouler une terre étrangère — toute terre lui sera native —, ni ne restera en marge d’une citoyenneté — chaque citoyenneté le touchant de ses grâces —, et que celle-ci, soucieuse de la diversité du monde, ne saurait décider des bagages et outils culturels qu’il lui plaira de choisir.



12 - Les poètes déclarent que, quelles que soient les circonstances, un enfant ne saurait naître en dehors de l’enfance ; que l’enfance est le sel de la terre, le sol de notre sol, le sang de tous les sangs, que l’enfance est donc partout chez elle, comme la respiration du vent, le salubre de l’orage, le fécond de la foudre, prioritaire en tout, plénière d’emblée et citoyenne d’office.



13 - Les poètes déclarent que la Méditerranée entière est désormais le Lieu d’un hommage à ceux qui y sont morts, qu’elle soutient de l’assise de ses rives une arche célébrante, ouverte aux vents et ouverte aux plus infimes lumières, épelant pour tous les lettres du mot accueil dans toutes les langues, dans tous les chants, et que ce mot constitue uniment l’éthique du vivre-monde.



14 - Les poètes déclarent que les frontières ne signalent qu’une partition de rythmes et de saveurs, qui n’oppose pas mais qui accorde, qui ne sépare que pour relier, qui ne distingue que pour rallier, et que dès lors aucun cerbère, aucun passeur, n’y trouvera à sévir, aucun désir n’y trouvera à souffrir.



15 - Les poètes déclarent que toute Nation est Nation-Relation, souveraine mais solidaire, offerte au soin de tous et responsable de tous sur le tapis de ses frontières.







16 – Frères migrants, qui le monde vivez, qui le vivez bien avant nous, les poètes déclarent en votre nom, que le vouloir commun contre les forces brutes se nourrira des infimes impulsions. Que l’effort est en chacun dans l’ordinaire du quotidien. Que le combat de chacun est le combat de tous. Que le bonheur de tous clignote dans l’effort et la grâce de chacun, jusqu’à nous dessiner un monde où ce qui verse et se déverse par-dessus les frontières se transforme là même, de part et d’autre des murs et de toutes les barrières, en cent fois cent fois cent millions de lucioles ! — une seule pour maintenir l'espoir à la portée de tous, les autres pour garantir l’ampleur de cette beauté contre les forces contraires. 



Paris, Genève, Rio,
Porto Alegre, Cayenne,
La  Favorite,
Décembre 2016
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Les exilés :



Ils viennent de tous les angles de l’exil

Avec pour seul bagage le rien

Ils sont le rien absolu rêvant,

Promise par quel hasard ?

Sa plénitude.



Entassés dans les soutes des trains

Des bateaux de fortune

Des avions à tarifs réduits

Ils sondent le monde de leur passage perpétuel

Ils tournent mille fois autour du même point

Un café récemment découvert s’habitue à leur présence

Jusqu’au moment où les veines mêmes des banquettes se fatiguent d’eux.



Un garçon de café les balaie sans raison

Ou bien c’est un gardien qui les chasse au matin

Parfois on voit l’un d’eux au milieu des anges

Musicien d’un orchestre ou chanteur ambulant

Poète à l’ouvrage auteur

En encyclopédie

Et il attire à lui, cadavre, des fourmis affamées.



Haine

De ses concitoyens d’exil

Traître

Disent-ils, et en effet il en est un :

Ne devrait-il pas séjourner dans l’isoloir du silence, à jamais ?



Dans l’isoloir

De l’échec le plus amer, à jamais ?

Dans sa lancinance à l’instant renouvelée, à jamais ?



De leurs bouches s’envolent des rumeurs

Autour desquelles se tisse leur destin noueux

Et la tendresse que chacun d’eux porte pour l’autre

Il ne la prononce que par-devers soi.



Théâtres encombrés de combats planétaires

Abel et son frère en un même être

Avec le cœur bifide comme le front de Janus.



Qui les a éloignés de la première source ?

Qui ne les voit trébucher dans le moindre geste ?

Hors d’eux-mêmes, qui donc chaque fois les expulse ?


Kadhim Jihad Hassan, les exilés



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